Fabio, vaincre l'éjaculation précoce.

L’éjaculation précoce est un des troubles sexuels les plus fréquents et touche un tiers des hommes. C’est une souffrance pour soi, pour la perte de confiance que cela engendre, mais aussi pour la honte qui lui est rattachée. Fabio est à la tête de hotmassagegay.com, coach sexuel et expert en sexualité masculine.

Le bavardage de ce jour avec lui a pour objet de mieux comprendre ce trouble et les solutions qu’il propose.

 

Vous pouvez aussi retrouver l'interview de Fabio dans son intégralité en vidéo.

Stéphan. Est-ce que tu peux déjà définir ce qu’est l’éjaculation précoce ?

 

Fabio. Le terme éjaculation précoce est souvent utilisé lorsqu’elle est venue trop rapidement ou pas en même temps que l’autre. Le regret est de ne pas avoir accompagné correctement le partenaire au plaisir. D’un point de vue médical, c’est le fait que l’éjaculation intervienne au début de la pénétration ou avant,  empêchant le rapport sexuel, que cela soit quasi systématique et depuis au moins 6 mois. En prenant compte ces trois critères là, le trouble ne concerne pas le tiers des hommes qui souffrent plutôt d’éjaculation rapide. Dans les deux cas, cela peut devenir un problème de vie et générer de l’insatisfaction dans la relation au partenaire et il y a des solutions.

 

 

S. Quelle est la cause fondamentale de cette éjaculation précoce ou rapide ?

 

F. Souvent on imagine que c’est une cause physique, médicale, génétique… En fait, c’est quasiment toujours une cause émotionnelle. A un moment donné, une émotion va nous submerger et nous ne serons pas capable de la gérer. C’est lié au subconscient qui est là pour nous extraire d’une situation de danger. La peur même d’être dépassé par son éjaculation conduit le subconscient à la déclencher. Il va donc falloir travailler sur les émotions pour résoudre ce problème.

 

 

S. Ce qui est émotionnel est souvent complexe. Le trouble non traité conduit immanquablement à une perte de confiance en soi avec l’angoisse d’avoir un partenaire frustré en face de soi. Que se soit au sein d’un couple ou en quête d’un partenaire, il va falloir gérer tout cela afin de ne pas tomber dans une spirale infernale.

 

F. Il y a, c’est vrai et bien réel, de la souffrance, un mal être, la sensation de ne pas être à la hauteur et d’un handicap dans le fait de ne pas être « celui qui assure ». Culturellement, il faut tenir longtemps et emmener son partenaire à la jouissance avant d’y être soit même ou passer pour un mauvais coup. Ce qui devrait être un moment de plaisir devient un moment de stress. Il y a de la honte liée à ce handicap et le vrai problème est que cela soit un véritable tabou. Il est difficile d’aborder le sujet. La conséquence est qu’on engrange cela en soi même, le phénomène entretenant le phénomène, redoutant que cela arrive, focalisant sur cette éjaculation qui va venir trop tôt et cela vient encore plus vite. Il y a de vraies situations de détresse. Le simple fait d’arriver à en parler fait que l’on n’est plus seul, que l’on prend du recul et qu’on évite la spirale négative.

 

 

S. Une enquête indiquait que 50% des personnes n’en parlaient pas à leur partenaire et que 70% n’en parlaient pas non plus à leur médecin. S’il y a toujours une pudeur par rapport à son médecin, comment est-il possible d’éviter le sujet avec son partenaire ? L’éjaculation précoce suivie de l’arrêt de l’érection ne doit pas passer inaperçue…

 

F. En fait, lors d’une éjaculation précoce, le phénomène étant lié au subconscient fait que l’énergie sexuelle n’a pas été dépensée. Il n’y a donc pas de perte d’érection et il est possible de continuer le rapport en simulant. C’est d’autant plus facile à cacher lors d’une pénétration. Cela permet de faire bonne figure mais il est clair que l’excitation n’est plus et que le reste de l’acte n’est plus agréable du tout. C’est pour cela que 50% peuvent ne pas en parler à leur partenaire. Et même au delà de cela, lorsque visuellement cela se voit et ne fonctionne plus, certains persistent à ne pas en parler alors que c’est indispensable. Si cela n’est pas possible au sein du couple, il faut trouver dans son entourage une personne avec qui le faire. En parler, ne résoudra pas tout mais sera un grand déclencheur. Ce ne sera plus un vase clos où le phénomène entretient le phénomène, mais une situation dont l’on devient acteur. Et là, c’est le début d’une amélioration.

 

 

S. En parler est important mais il doit y avoir aussi des petits trucs qui vont bien améliorer la situation. Déjà au niveau de la fréquence des rapports, si tu n’as pas eu de rapports sexuels depuis des semaines, dès qu’il y aura une sollicitation érotique, tu as des chances de partir beaucoup plus vite que si tu as fait l’amour ce matin et que tu recommences ce soir.

 

F. Oui, c’est une question de mécanique. Donc la première solution serait de faire plus souvent l’amour. Dans les faits, celui qui souffre d’éjaculation précoce va avoir tendance à se recroqueviller et à moins faire l’amour, ce qui entretient encore plus le phénomène. Le premier comportement sera de dédramatiser le fait de faire l’amour non seulement d’un point de vue mécanique mais aussi mental. Un point important par contre : pendant l’acte, il faut bien avoir conscience qu’une personne sentant venir son éjaculation va avoir tendance à essayer de la bloquer, comme si l’on pouvait fermer le robinet. Or c’est exactement ce qu’il ne faut pas faire. C’est une question purement musculaire. En tentant de bloquer un muscle réflexe, celui-ci va accentuer son mouvement.  C’est la même chose d’un point de vue mental ou émotionnel. En ayant peur, bloquant et en essayant de lutter contre soi, c’est l’échec assuré et une éjaculation rapide. Il faut donc au contraire s’ouvrir le plus possible et se décontracter.

 

 

S. En fait, focaliser sur la question est le meilleur moyen d’éjaculer rapidement… Il faut sortir de ce travers.

 

F. Oui, au niveau du comportement, ne penser qu’à ça revient à se bloquer et conduit à l’éjaculation. Il faut vraiment sortir de la logique de performance. Le bonheur sexuel n’est pas guidé que par la seule pénétration et il y a des couples ayant une sexualité très épanouie qui ne la pratique pas. Ce qui est important est le moment passé ensemble. C’est là où il est bon d’introduire du jeu érotique, des massages et des tas de choses qui poussent l’érotisme beaucoup plus haut qu’une simple pénétration. Le rapport sexuel en sera que plus satisfaisant et durera longtemps.

 

 

S. Lorsqu’on cherche des solutions, on tombe souvent sur des techniques sexo corporelles, des mouvements comme le Squeeze, où l’on compresse le gland, mais aussi le Stop and Go où l’on s’arrête pour reprendre un peu après. Est-ce que tu peux nous en dire plus ?

 

F. Il s’agit là des plus connues et elles sont assez simples à comprendre. Le Squeeze est une technique qui consiste, lorsqu’on sent venir l’éjaculation, à faire un signe à son partenaire, qui compresse le gland. En réalité, le vrai phénomène n’est pas de compresser le gland, ce qui n’est pas forcément agréable, mais d’avoir fait le signe. Cela voulait dire que j’étais attentif à ce qui se passait, que je ne me suis pas laissé surprendre et qu’au final j’étais acteur de l’action. Si l’éjaculation est déjà partie, le fait de fermer le gland va fermer l’urètre et dès que le partenaire va relâcher, le sperme va couler. Donc l’éjaculation aura eu lieu, mais il y aura eu une prise de conscience et de la communication avec le partenaire, ce qui est essentiel. Pour le Stop and Go, c’est une technique qui a été nommée par un scientifique appelé Kaplan, mais en fait, c’est juste le fait de s’arrêter lorsque ca chauffe trop, laisser reposer un peu et reprendre après. C’est de l’écoute de soi et ces techniques aident bien car elles ne se font pas seul mais avec son partenaire. On est loin du phénomène stressant dont on sera honteux.

 

 

S. Dans un esprit purement mécanique, il y a aussi la technique de compression du périnée qui vient du tantrisme.

 

F. Oui, et c’est là aussi une technique à mettre en place avec son partenaire. Le périnée est la zone qui part des testicules jusqu’à l’anus et qui est la base de la verge. Il est constitué du muscle périnéen qui va provoquer l’éjaculation lorsqu’il qu’il se contracte, puisqu’il agit sur la prostate et conduit à faire jaillir le sperme. Il y a toute une éducation du périnée à travers le massage et en le compressant avec le poing, on l’empêche de se contracter et donc de déclencher l’éjaculation.

 

 

S. Il y a aussi tout un travail qui peut se faire sur la respiration.

 

F. C’est fondamental et à la base des arts martiaux ou du yoga, qui consiste à être maître de soi. Il faut se détendre et travailler sur la respiration pour arriver à maîtriser ses muscles et ses émotions. Un bon conseil sera donc de penser à respirer pendant la relation sexuelle. Cela accentue le ressentie de ce qu’il se passe et conduit à un véritable lâcher-prise. Cette respiration se synchronise d’ailleurs naturellement à celle de son partenaire. L’autre chose que l’on va associer à cela est la visualisation. En même temps que l’on respire et que l’on sent que l’éjaculation peut se produire, il faut imaginer que c’est une boule rouge qui est au bas du ventre, un corps en fusion s’apprêtant à jaillir par le sexe. En y pensant et en respirant, il est possible de le faire mentalement monter dans le corps. Ce sont deux outils très puissants pour prendre le contrôle de sa sexualité et de son éjaculation.

 

 

S. Dans les solutions, il y a aussi des aides matérielles comme les préservatifs retardateurs qui anesthésient un peu le sexe, ou les médicaments comme les antidépresseurs et anesthésiques locaux. On lit aussi que l’Apotexine est efficace. Est-ce que tout cela fonctionne vraiment ?

 

F. En réalité, il y a deux choses là dedans. Tout d’abord les préservatifs avec anesthésiant local qui diminuent un peu les sensations et les médicaments qui agissent sur le cerveau. Il faut bien se dire que ce n’est pas du tout une solution dans la mesure où on s’éloigne de ses sensations, alors qu’il faut s’en rapprocher, mieux comprendre son corps, son fonctionnement et ses émotions. Ce n’est donc pas une bonne idée. Les médicaments comme les antidépresseurs ne régleront les problèmes d’éjaculation précoce. Par contre, si les troubles ont causé un tel mal être que cela aboutit à une dépression, dans ce cas là, il est logique le médecin en prescrive. Il traitera ainsi la dépression et non l’éjaculation précoce. Quand à l’Apoxetine, c’est un antidépresseur dont on a découvert qu’il avait un effet retardateur sur l’éjaculation. En réalité, ce qu’il se passe c’est qu’on finit la plupart du temps par ne plus pouvoir éjaculer. Ce qui est également un problème…

 

 

S. Dans le cadre de tes massages, même si tu n’es pas médecin, tu es souvent sollicité sur ces questions là. Peux tu vraiment agir ?

 

F. C’est vrai que l’on me contacte fréquemment dans mes séances de massage Tantra Tao pour ces questions là. Si l’on vient me voir, c’est qu’il y a une démarche volontaire et que le dialogue va s’installer. Il suffit souvent d’une seule séance pour montrer à la personne comment dominer sa sexualité et apprendre à s’écouter. Je lui enseigne la technique de respiration, je fais les gestes appropriés pour l’emmène sur le point de cette jouissance avec un contrôle à ce moment là. Nous faisons cela un certains nombre de fois, c’est ce que l’on appelle, les paliers du plaisir. Une sortes de Stop and Go de façon plus évoluée. Au bout d’une séance de 3h, la personne réalise qu’elle a complétement maitrisée son éjaculation sur la durée alors qu’au début, cela venait au bout de quelques secondes parfois. Du coup, il y a un déclic qui s’opère qui est beaucoup plus important que la technique exacte. Réaliser que l’on est capable de faire cela, redonne confiance en soi et à partir de là, le problème est toujours résolu.

 

 

S. En conclusion, il faut parler, se faire aider et tu nous confirmes que les problèmes d’éjaculation précoce ou rapide ne sont pas irréversibles.

 

F. Absolument. L’idée principale est qu’il ne faut pas être seul dans son problème. A partir du moment où l’on fait la démarche d’en parler, celui ci commencera à disparaître car c’est le fait d’être seul qui l’entretien. A la base, il faut bien se dire qu’éjaculer rapidement était plutôt un signe de bonne santé et cela reste ainsi dans certaines cultures. Quand on faisait cuire le mammouth dans les cavernes, et qu’il y avait des animaux sauvage ou la tribu adverse prêt à attaquer, il fallait faire l’amour en allant très vite… La reproduction était en jeu. Notre culture du plaisir, la volonté de satisfaire son partenaire sur la durée et de bien synchroniser une jouissance a faussé tout cela. Il faut bien se dire que ce n’est pas un problème irréversible, qu’à partir du moment, où l’on redevient acteur, que l’on est dans le bien-être et le dialogue, cela s’en va et cela ne revient pas.

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