Swyky, dépasser les limites du fist.

Pratique hard pour qui veut tenter une expérience de pénétration anale plus poussée qu’à l’habitude, le fist s’est popularisé au point de voir quelques clubs afficher des soirées sur ce thème. Réussir à faire entrer une main ou deux pour les plus habitués reste du domaine du faisable pour ceux qui en ont la volonté et trouvent un fisteur patient. Pour réussir à avoir ou donner du plaisir, certains vont plus loin dans la pratique. Bavardage avec Swyky, philosophe et anthropologue de formation, dont la sexualité est une passion, qui à force d’entraînement et d’apprentissage arrive à recevoir un bras jusqu’au coude. Une pratique qui mérite quelques explications.

 

 

Stéphan. Le fist est à la mode et nombreux sont ceux qui s’y sont essayé voire apprécient. Beaucoup s’arrêtent après l’introduction de la main de leur partenaire et s’en arrêtent là. Tu as de ton côté beaucoup plus travaillé la pratique que cela.

 

Swyky. On est loin d’un fond infranchissable après avoir inséré une main ou un poignet. On peut remonter tout l'avant bras, voire dépasser le coude. Deux de mes partenaires l'ont en effet largement dépassé. Ça tient autant du savoir faire du fisté que du fisteur, et surtout de beaucoup de travail et d'entraînement. Le colon ascendant n'est pas rectiligne. Il faut savoir en attraper les circonvolutions tout en restant dans l'axe. Et il faut franchir plusieurs sphincters successifs qu'il faut domestiquer et savoir ouvrir. La limite imposée vient souvent du fisté, car sans maîtrise de soi, la panique fait que le sphincter novice ne se décontracte pas. Ensuite, c'est un sport. On ne devient pas un athlète sans éduquer ses muscles ni les entraîner. Pour ma part, pour passer du fist à main simple à coude atteint, il m'a fallu un an à raison de deux ou trois soirs par semaine.

S. Si le fisté ne débloque pas les sphincters, cela peut-il vraiment bloquer le fisteur même si ce dernier insiste ?

 

Swyky. Oui. Et je dirais même que plus on insiste, plus ça bloque. Quand on fiste, on ne s'adresse pas au cortex, mais au cerveau primitif, celui que tout animal avait à l'époque très préhistorique où nous n'étions que des vers. Il y a en effet dans l'intestin plus de 200 millions de neurones qui le tapissent et qui ont pour fonction de déceler ce qu'on garde ou jette de notre alimentation. Certes le cerveau supérieur, celui qu'on a sous le crâne a son mot à dire, mais il n'est pas le seul à décider. Autrement dit, il y a une personne dans tes boyaux, et si ses fonctions ne sont pas aussi sophistiquées que le cerveau supérieur, il a son autonomie. Il a horreur d'être agressé. Et à la moindre agression, ou si le cortex envoie un message de stress ou d'angoisse, il se contracte automatiquement. D'où l'expression "avoir la boule au ventre". En fait, c'est une réalité biologique.

 

S. Si le fisteur est maladroit, le fisté un peu anxieux, ou si tout simplement le colon est irrité, cela ne va pas passer ?

 

Swyky. Non, cela ne passera pas. Dans le colon ascendant, il y a déjà 5 ou 6 « segments »… Je n'en ai jamais tenu le compte exact car je ne pense pas à ça en fistant, je me contente d'aller à leur rencontre et de "dialoguer" avec eux avec les doigts. Chaque « segment » est fermé par un sphincter à chaque bout. Ils se situent au delà de ce que l’on appelle « l'ampoule rectale». L'ampoule rectale est la partie terminale du colon. C'est là qu'on met sa main quand on ne fiste que jusqu'au poignet. Sa fonction primaire est de mouler les selles et de les assécher avant évacuation. Mais au delà, commence tout une série de circonvolutions plus ou moins tordues. Quand on arrive dans une zone inexplorée jusque là, les sensations sont décuplées, le cerveau primitif envoyant des messages informant le cortex central d’un phénomène inédit. Si le cortex central n’envoie pas un message le rassurant sur l’absence de dangerosité, il va se fermer. Alors que s’il l’incite à se laisser aller, le passage est possible. Ces « cerveaux » ne se parlent pas, il s’agit de messages chimiques pas du tout conscients. Tant que le fisté a une once d'anxiété, cela ne passera pas. Si celui-ci se sent en confiance, s’il s’est entraîné et qu’il désire ardemment que cela aille plus loin, cela peut passer, à condition d'habileté, de relaxation, et d'alignement progressif des segments.

 

S. Que doit faire le fisteur lorsqu’il sent qu’un sphincter se contracte ?

 

Swyky. Dès qu’il perçoit la contraction, le fisteur doit se retirer un peu et chercher à amadouer le sphincter. Cela passe par la caresse et une tendresse infinie en l'effleurant à peine pour lui indiquer que cela va être une sensation agréable. Quand il est "convaincu", si je puis dire, il s'ouvre tout seul, mais pas avant. Et puis, il est possible de passer au suivant avec la même douceur.

 

S. Au delà de l’expérience voire de la performance, quel est le plaisir à être fisté ?

 

Swyky. Tu sens plus qu'une main. Tu ressens comme si tu étais envahi, ou possédé. C’est assez indescriptible parce qu'il n'y a pas d'équivalent. Je ne connais rien de meilleur. Un sentiment d'abolition entre soi et l'autre, une fusion, et des sensations multiples, souvent suaves, sensuelles et époustouflantes. Enfin, si c'est bien fait, bien sûr. Suivant la souplesse de la gestuelle, ca peut être voluptueux, et magique, comme ça peut être décevant voire douloureux quand les gestes sont hésitants et pas fluides. L'interpénétration des corps est telle que pour le fisteur comme pour le fisté, on ne sait plus bien ou s'arrête l'un et ou commence l'autre. Et puis, cela dépend aussi de la symbolique qu'a la main pour toi. Une queue est un symbole phallique par définition. La main pour moi est symbole de pouvoir. Alors, évidemment, un bras, c'est encore plus fort.

 

S. En remontant jusqu'au delà du coude, cela représente une bonne partie de la longueur du torse. Cela n’est pas très rassurant avec tous les organes à côté et il y a forcément l’angoisse d’un accident.

 

Swyky. L'ascendant remonte jusqu'à la plèvre qui se situe un peu au dessus des côtes. En appuyant très légèrement sur le ventre on sent la progression de la main. On peut sentir quand les doigts arrivent sous les côtes. Un peu avant la fin de l'ascendant qui se termine en cul de sac, on trouve l'embranchement du transverse, à ce moment là, on plie les doigts et on commence à enfiler le transverse en pliant les doigts phalange après phalange, puis dans le meilleur des cas, jusqu’au poignet. La progression doit être infiniment lente. Lorsque l'on passe le coude, comme pour le passage du poignet, le bras est aspiré, car au niveau du sphincter anal au delà du coude est plus étroit que le niveau du coude lui même. Il faut éviter que cette aspiration soit trop rapide donc le fisteur retient son bras tout en le laissant avancer doucement. Ensuite on continue la progression de la main dans le transverse de sorte que tu peux rentrer la totalité de l'avant bras plus l'équivalent de la longueur de la main au delà du coude. La main, quant à elle, est à l'intérieur en position perpendiculaire à l'avant bras à la fin. Cela représente environ les 2/3 de ton bras supérieur. Donc, au maximum tu te retrouves avec le bras tout entier jusqu'à disons 10 cm de l'épaule environ pour un bras moyen.

 

S. Aller au delà, est-il techniquement possible ?

 

Swyky. Je ne pense pas et ne l'ai jamais vu, ni en vrai, ni en vidéo. D'ailleurs pour se faire, il faudrait détacher l'ascendant de son point de fixation supérieur. Il est d'évidence que le dommage conduirait à quelque chose dont j'imagine à peine la gravité. La douleur est un symptôme sur lequel il faut absolument rester attentif. Si ça ne va pas, le fisté doit savoir dire. C'est impératif. C'est pourquoi je ne suis pas fort client du recours aux anesthésiques. Qui plus est, plus on remonte dans le colon, moins il y a de capteurs de la douleur qui le tapisse. On a donc plutôt intérêt à rester réceptifs à ces signaux

 

S. Certains ne préfèrent pas essayer par crainte des conséquences physiques et notamment l’éventuelle incontinence que pourrait provoquer un anus trop distendu.

 

Swyky. Les problèmes de continence sont une légende urbaine, sous réserve, évidemment que tu ne te mettes pas en risque de claquage, comme pour n'importe quel sport. Il faut prendre le temps d'échauffer ses muscles. Le sport de compétition est vraiment la bonne métaphore. Tu n'as rien sans travail, discipline et efforts. Mais tu ne dois jamais rien faire qui mette ton corps dans une situation qu'il ne peut supporter. Il faut être patient, méthodique, et faire ses exercices d'échauffement musculaire avant toute pratique. Le fist profond au coude ou au delà est comme un sport olympique. Même rigueur, même discipline, même prudence et respect du corps. Sans échauffement et un long entraînement, c'est une aventure dangereuse. En revanche, pratiquée avec la même discipline que pour un sport de haut niveau, c'est sans danger. Il faut juste être initié avec le bon entraîneur. Pour aller de la main jusqu'au coude, j'ai eu 2 partenaires principaux. L'un qui savait faire, le second que j'ai moi même formé. Pour dépasser le coude, j'ai dû prendre un nouveau partenaire qui savait gérer le passage du coude et le virage de la main à l'intérieur que cela implique. Après, tout le monde n'est pas égal. Il y en a qui ont plus d'aptitudes pour un sport ou un autre, et tous les entraîneurs de "pouliches" comme moi ne se valent pas. (Rire)

 

S. Justement dans les pratiques débutantes du fist, il y a certaines tentatives qui se veulent violentes avec la simple volonté de jouer brutalement avec l’anus du fisté.

 

Swyky. Le fist pratiqué de façon brutale, sur une personne inexpérimentée est dangereux. C’est, selon moi, à proscrire absolument. Même masochiste, c'est sa vie qu'on met en jeu. On ne laisse pas son colon entre les mains de la première brute venue. Et si on a mal, il faut arrêter tout de suite. Un fisteur qui n'arrête pas aux signaux de douleur de son partenaire est un fou dangereux. Il y a quelques personnes qui pratiquent le fist en mode boxing, mais ils sont très peu nombreux et cela demande une sacrée expérience de l'un et de l'autre.

 

S. Quelles sont les qualités pour être un bon fisteur ?

 

Swyky. Le fist est devenu une pratique très répandue et dans l'ensemble le niveau est très divers du pire au meilleur. Les pires sont souvent convaincus de bien faire. Les meilleurs sont les plus à l'écoute de l'autre et varient les approches en fonction de leur partenaire. Avoir la sensibilité et l'écoute, ainsi que la curiosité sont trois compétences requises pour être un bon fisteur. Mais savoir l'enseigner en est une quatrième. J'ai connu d'excellents fisteurs pratiquant de façon très intuitive et bonne, mais qui ne savaient pas restituer par des mots les techniques de leur art. Pour le fist profond, c’est un domaine que l’on explore que si deux volontés communes se rencontrent, celle du fisteur et celle du fisté. Il n’est possible pour le fisté de se laisser « envahir » par un bras qu’à trois conditions initiales : le désir, le plaisir et la confiance en son partenaire. Il n’est possible pour le fisteur de progresser en profondeur que s’il a la sensibilité, l’écoute subtile du corps de l’autre, la fluidité du geste, et le respect impératif des signaux donnés par les profondeurs de son partenaires autant que par sa parole. C’est de là que nait le sentiment d’osmose et de communion inégalable que l’on peut éprouver alors. Et si on ne va pas loin, ce n’est pas grave, du moment qu’on a pris son pied, ou sa main, en la circonstance.

 

S. Pour ceux qui sont tentés par l’expérience, comment faire ?

 

Swyky. Si tu veux débuter puis progresser, il faut trouver les bonnes personnes. Pour ma part, c’est mon Maître qui m'a fait connaître le nirvâna de cette pratique et c’est une grande récompense lorsqu’il m’amène ainsi au paradis. Certes, il y a un désir profond de performance en moi, mais ce sont vraiment des sensations extraordinaires que cela procure.

Pour le fist profond, il faut une bonne osmose entre fisteur et fisté, un grand respect du corps et de ses limites, et surtout ne pas être obsédé par la performance à tout prix. Il y a des jours où on est moins bon que d'autres. Il faut savoir l'accepter. Si l’on veut aller plus loin dans les profondeurs intérieures, Il faut donc patience, régularité, apprentissage de son propre corps et du corps de l'autre. Tous les culs sont différents, toutes les mains aussi. Et, la performance ne s'obtient pas si l'on ne met pas en priorité le plaisir et le désir dans sa pratique. Sans désir ni plaisir, aucun dépassement ne sera jamais possible. C'est ça qui est important ! Rien d'autre. Aussi, si le fist au poignet vous contente et vous satisfait, il n’est pas utile de vouloir aller plus loin.

 

S. Merci Swyky de ce bavardage sur une pratique encore mal connue qu’il faudra vraiment découvrir en confiance et avec des personnes expérimentées pour en savourer le plaisir.

Où pratiquer

La Fistinière est une chambre d’hôte  spécialisée dans le Fist qui s’est installée dans une authentique ferme du XVIIème siècle du Berry. Un lieu convivial crée par François et Juan Carlos voilà maintenant plus de 8 ans. Des événements très régulièrement organisée et notamment le Fist Marathon . Piscine, solarium, nature… et fist ! Un véritable paradis.

 

Les Amelots, 18260 Assigny. Tel/Fax. 02 48 73 83 09
Plus d’informations sur leur site internet.

 

Le Keller est le club historique et mythique de la scène hard et fetish gay française. Ils organisent des parties principalement sur les thèmes Bondage, Fist, SM et Uro. Des week-end Xtrem Fist sont organisées le quatrième vendredi du mois.

 

14 rue Keller, Paris 11, métro Voltaire ou Bastille.

Plus d’informations sur leur site internet.

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