Swyky, le furry guépard royal.

Les furrys sont des créatures mi-humaines mi-animales qui ne sont pas très bien connus du grand public. Ils ont souvent mauvaise presse et assimilés à des geeks-détraqués-zoophiles car ils sont très présent sur l’internet. Vivant souvent de façon discrètes, ils prennent plaisir au côté intimiste de cette culturelle marginale.

 

Bavardage avec Swyky qui est un furry guépard royal. L’occasion d’en savoir plus sur ce mouvement qui est en pleine expansion et pourquoi pas révéler le furry qui sommeille en nous.

 

Qu’est ce que le mouvement furry ?

 

Le mouvement furry est né dans les années 80 et il offre la possibilité de combiner son animal fétiche avec son humanité. Aujourd’hui, il est en pleine expansion et se réuni au sein du royaume furry qu'on appelle le fandom. Il regroupe tout un tas de tendances avec de grandes différences dans l'appropriation de l'identité. On distingue notamment les furry animaux anthropomorphes à fourrure des scaly, animaux anthropomorphes à écailles comme les lézards ou les dragons, ou même les poissons… mais il y a d'autres distinctions !

 

Dans les subdivisions il y a les Yiffy. Ce sont des furrys qui ont intégré la sexualité dans leur identité furry. Yiff, c’est le cri d'amour des renards en anglais. C'est mon cas. Et au sein des Yiffy, il y a encore une subdivision qu'on appelle les furverts ou furrys pervers qui sont sadomasochistes, latexophiles ou autre intérêt sexuel hors normes. Cela sort complétement de la norme homo ou hétéro. Je suis donc furry, Yiffy, furvert pour donner la déclinaison complète.

 

En France, est-ce qu’il y a un lieu où se rencontrent les adeptes du mouvement furry ?

 

Malheureusement non. Le mouvement furry se développement beaucoup, mais il doit y avoir seulement 3000 furrys repartis sur tout le territoire. Ce n'est pas assez pour faire vivre un bar. En revanche pour se retrouver il y a plusieurs outils dont la furmap qui donne la répartition de tous les furrys francophones d'Europe (principalement France Belgique et Suisse). Il y a également furafinnity, un site de rencontre furry. Enfin il y a les conventions, des sortes de grands regroupements qui ont lieu 2 ou 3 fois par an en France et qui se déroulent sur 2 ou 3 jours. Il y a une communauté beaucoup plus importante en Angleterre, en Allemagne ou aux Etats-Unis avec au moins 20 conventions par an dont un grand nombre dépassent les mille participants.

 

Pour ce qui est de la vie sociale, je joue le jeu social, mais ce n'est pas moi. Cela dit, je n'ai aucune honte à sortir avec ma queue postiche de 50 cm de long, ou à avoir mes bras dénudés qui sont tatoués à mon pelage comme l'est maintenant 80% de mon corps. On m'a fait remarquer que depuis le tatouage, certains de mes comportements s'étaient spontanément felinisés, gestuelles, attitudes... J'assume tout ce que je suis. J'ai déjà perdu mon boulot parce que j'ai eu le malheur de porter mon collier d'esclave que je ne pouvais pas enlever car je n'avais pas la clé. Alors maintenant, je n’ai pas grand chose à craindre.

Est-ce que l’on peut intégrer la tendance dog-training au royaume furry ?

 

Un furry est mi humain mi animal. Les dogs ne sont furry que s'ils sont bipèdes et tiennent conversation. Je me demande d’ailleurs si l'identité dog est vivable en étant toujours à 4 pattes et muet. J'ai l'impression qu'un dog sera plutôt temporaire, le temps de jeu alors que je suis furry 100% de mon temps.

 

Et puis, je suis un guépard royal, c’est à dire un félin. Par rapport au dog, ce dernier sera sans doute moins docile et plus indépendant. Pas de jeu avec la baballe. Avec un chat, on joue à la ficelle. C'est à dire à attirer son attention. Si le chien reconnaît son Maître comme tel, le jeu entre un félin et son Maître est plus subtil et il arrive qu'on puisse se demander qui est le Maître de l'autre. Un chien ne se rebelle jamais contre son Maître. Un félin, n'hésitera pas à griffer si les choses vont au delà de ce qu'il admet. Ce n'est pas qu'il n'y ait pas soumission, ni que le félin n’admette pas les règles qui sont imposée, mais un Maître ne peut pas le dresser et le manager comme il ferait avec un chien. Il s'agit d'avantage de susciter le désir. Il faut aussi que le Maître admette qu'en cas de dérapage, il puisse recevoir un coup de patte. Lorsqu'un Maître abuse, je commence par feuler, puis griffer et si je suis en capacité de parler, une remarque saignante peut venir. Mon maître me met un bâillon s’il me trouve trop bavard… mais ça n'arrive pas si souvent.

 

On apprivoise un félin davantage par la douceur et la complicité que par la contrainte et la punition. Ce n'est pas que je ne suis pas régulièrement puni par mon Maître, mais s'il n'y avait que ça, aucun félin ne reste attaché à son Maître. Il part, tout simplement alors qu’il est rare qu'un canidé se détache de son dominant. Les rapports Maître/félin sont un subtil jeu d'équilibre dans lesquels la sensualité y a une part déterminante.

 

 

 

Il semble qu’il y ait chez les félins une part foncièrement sadomasochiste. Qu’en est-il et qu’est-ce que cela change au niveau des jeux sexuels ?

 

Ce qui déclenche l'ovulation d'une chatte (je parle de l'animal), c'est la douleur du rapport lié au fait que le pénis des félins est hérissé de piquant à contre sens, ce qui fait que ça rentre en douceur, mais ça arrache au retrait. La copulation des canidés se fait par un gonflement du pénis qui bloque à l'intérieur et maintient au dedans. Ce n'est pas douloureux, mais le/la pénétrée ne peut se dégager avant le terme de l'acte. Pour les félins l'acte peut être court ou long, mais il sera douloureux. Ainsi, je ne déteste pas recevoir le fouet pendant un rapport, je dirais même que ça peut me faire jouir. C’est la même chose avec les aiguilles. Dans l'esprit félin douleur et jouissance sont intimement liés. Dans l'esprit canin, contrainte et jouissance sont intimement liés.

 

Au final, je recherche davantage la finesse, la subtilité, la sensualité, voire la complexité dans mes rapports dominant/dominé. Les maîtres qui se pointeraient chez moi en donnant des ordres en pensant que cela suffira à se faire obéir repartiront déçus. Avec un félin, les minauderies sont indispensables. Ensuite, des lors que la confiance est gagnée, tout devient possible…

 

Le BDSM (bondage, dominance, sadisme, masochisme) est d’ailleurs une passion pour moi. Je consacre tous mes loisirs en recherche documentaire, en stages auprès de personnes plus expérimentées et en expérimentation pour être au point sur une pratique et ensuite d'être capable de l'enseigner. Quand j'ai connu mon maître je ne me faisais fister gentiment jusqu'au poignet. Pour lui faire le plaisir de me fister jusqu'au coude, il m'a fallut des mois. De même, avant de le connaître, je ne savais pas le faire et j'ai appris. C’est la même chose pour tout un tas de pratiques… cela ne s’improvise pas.

Où as-tu rencontré ton maître et comment est-ce que cela se passe avec lui ?

 

Il n'y a pas de bonne méthode pour rencontrer le bon Maître. Le mien, je l’ai rencontré sur GayRomeo tout simplement. Il a mis 6 mois à m'apprivoiser. Je vis avec lui depuis 15 mois. Mais encore aujourd'hui, le coup de griffe est toujours possible. C'est sans doute ce qui fait pour moi que la relation de soumission permanente est vivable pour moi. Il y a des jours sans ou comme n'importe quel félin, j'ai besoin qu'on me fiche la paix. Mon Maître reste mon Maître, je continue de le vouvoyer, mais si l'humeur n'y est pas, inutile d'espérer de moi de jouer a la ficelle. Les codes sont établis.

 

Lorsqu'il s'est agit d'articuler mes fantasmes et mon identité, je me suis rapidement rendu compte que l'identité canine ne me correspondait pas. Je n'ai rien du toutou docile et obéissant, et en tout cas, je ne me voyais pas avoir cette posture en permanence. L'identité féline à cet avantage pour moi qu'elle est compatible avec ma soumission permanente. Sur certains aspects, je reste indressable. Mais il y a bien des choses que j'ai accepté de faire pour mon Maître parce qu'il a su me les rendre séduisantes.

 

C'est une relation permanente. Je suis son dominé 100% du temps, il est mon dominant 100% du temps. Il y a des jours de grande chaleur et de sexualité intense qui peuvent durer plusieurs jours. Il y a des temps plus neutre. Dans ces temps là, j'accomplis mes tâches et devoirs d'esclave, tout simplement. Je dois lui préparer son petit déjeuner, ses repas, entretenir l'appartement.

 

Et je suis l'alpha, c'est à dire que je suis dominant vis à vis de mes frères esclaves de la maison, mais pour l'instant, ils ne vivent pas encore en permanence à la maison. L'un d’entre eux évolue vers une identité furry tigre. Donc un félidé, comme moi. L'autre est une raie manta. Le furry aquatique est un animal des profondeurs, discret, qui sait se mettre en retrait. Avec mon frère félin, les amours sont celles de félins, passionnels, fortes, sans jamais s'épargner les coups de pattes.

 

 

L’association dominant/actif et dominé/passif est l’imagerie classique. Or cela semble plus complexe que cela dans vos relations…

 

Dominant ou dominé, c'est une posture. Ça n'a rien à voir avec les pratiques sexuelles. Assimiler dominant et actif, et dominé avec passif n'est pas la réalité. Mon Maître aime être sodomisé et être fisté. En conséquence, je le sodomise et le fiste quand il le désire. Je n'ai pas mon mot à dire. De même, je suis dominant quand je me fais fister par mes frères parce que c'est moi qui donne le tempo, qui donne les ordres, et peut importe que je sois passif ou actif.

 

J'ai mis très longtemps à comprendre que j'étais à la fois masochiste et sadique, dominant et soumis, actif et passif. Au début je pensais que dominant voulait dire actif forcément. Et puis j'avais moins de culpabilité à vivre mon masochisme que mon sadisme que je refoulais. J'ai fini par comprendre mes penchants sadiques assez tard, quand je me suis rendu compte que je ne faisais que donner ce qui était attendu. Donc j'ai assumé mon masochisme tôt et mon sadisme tard. Une fois que j'ai assumé les deux penchants, la position d'alpha est devenu naturelle. Être éducateur, c'est en soi une position de dominant.

 

Je ne suis alpha que par la volonté de mon Maître, mais je me souviens lui avoir dit dès le début que si je devais ne plus être son alpha, en félin indépendant que je suis, j'irais prendre maître ailleurs. Ainsi ont été posées les choses. Il peut me dégrader. Je saurais en tirer les conséquences.

Au final, comment se passe la vie au quotidien pour un furry guépard royal ?

 

Mon Maître tient à ce que je poursuive une vie sociale en ayant un travail. Personnellement si j'avais le choix, je m'en passerais bien. Être esclave et alpha au surplus est un travail largement à temps plein. Je dois travailler mes sujets BDSM et comme je suis très perfectionniste, cela prend beaucoup de temps. Il est arrivé d’ailleurs que ce soit moi qui enseigne à mon Maître une nouvelle pratique.

 

Il y a aussi ma transformation et celle de mes frères. C'est un impératif pour mon Maître que nous soyons tatoué d’un code barre scannable qui affiche son certificat de propriété, puis que nous soyons marqués au fer. Pour les tatouages, nous faisons des propositions. Il valide ou pas. Par ailleurs, il est gourmand et aime la nouveauté. Il n'est pas rare que nous recevions d'autres personnes ou qu'il nous prêtre à d'autres dominants de son choix. Nous ne choisissons pas nos partenaires. Soit il nous les assigne, soit nous devons avoir son accord.

 

La vie d’un furry guépard royal, c’est celle de n’importe quel félin en ville, prédateur invisible et parfois chassé, ayant asile chez son Maitre autant par intérêt que par plaisir, entre dépendance et indépendance.

 

En tout cas, j'ai trouvé dans le mouvement furry l'expression de mon identité singulière. Quand j'ai rencontré les premiers furrys c'était sur second life. Ça m'a fasciné. Je me suis dit comme une évidence : c'est ça, ce que je suis ! C'est mon moi intérieur. Plus qu'un humain, pas un animal, un hybride. En étant furry, on a l'avantage de se reconcevoir, de se redessiner, de se repenser. Mon corps n'est plus un corps que j'ai reçu, il est ma création. Je ne le subis plus, je l'ai réinventé sous l'impulsion de mon Maitre. Je suis né une deuxième fois.